Je suis infirmier à l’hôpital de jour de Maxéville, j’y travaille depuis 8 ans, avec des enfants âgés de 3 à 13 ans. Je termine une formation de musicothérapeute et je travaille en utilisant
différents médiateurs thérapeutiques (argile, arts plastiques, poney,…).
En décembre dernier, Mme HOUOT (cadre de santé) et Martine PARIS (infirmière et éducatrice) m’ont proposé d’intervenir en prison, pour travailler le lien mère-bébé dans le cadre d’un atelier
utilisant la musique.
C’est un projet que j’ai rapidement accepté, motivé par le fait que je n’avais jamais travaillé avec des nourrissons, ni , dans le cadre d’un atelier thérapeutique, avec les parents et les
enfants en même temps.
Le cadre particulier de la prison m’intéressait également. Tout comme l’hôpital de jour se trouve au cœur de la cité pour faciliter l’accès au soin, il s’agissait pour moi d’une étape
supplémentaire en ce sens : se déplacer, apporter du soin « au plus près du besoin ».
Mon inexpérience en la matière et le fait que les rencontres aient débutées depuis peu seront le fil conducteur de mon intervention, je ne parlerai pas de bilan, n’en tirerai pas de conclusion,
je vais essayer de partager avec vous les différentes phases par lesquelles je suis passé dans ma réflexion, nos échanges avec Martine et ce que nous avons réussi à mettre en place jusqu’ici.
Ce projet s’est donc concrétisé et depuis 3 mois (début janvier) avec Martine, nous nous rendons tous les vendredis après-midi à la nurserie du quartier femme pour une rencontre de 45 minutes
avec des mamans et leur bébé ou de futures mamans (une maman enceinte, presque à terme et qui a été invitée à participer au groupe).
Ces enfants en très bas âge sont comme « nés en prison », c’est leur environnement. Quand on travaille en pédopsychiatrie, on mesure combien les premier mois de la vie impactent le
développement futur de l’enfant, de l’adulte en devenir.
Pour le moment, nous avons suivi un bébé de 3 mois qui est sorti avec sa maman en février. Nous avons également accueilli à deux reprises une future maman (qui est sortie en mars).
Il s’agit donc d’un travail de groupe avec deux ou trois mamans et leurs bébés.
Au fil des mois, le travail s’étant principalement déroulé avec une maman et son bébé (que j’appellerai Archibald pour aujourd’hui), actuellement âgé de 10 mois, (la maman étant incarcérée pour
encore un an), je me concentrerai plus sur leur situation au cours de cette intervention.
Ces rencontres participent d’un travail de prévention, il n’y a pas à la base de trouble repéré chez les enfants que nous rencontrons, pas de retard de développement. L’équipe du CATTP de
Maxéville avait été alertée du comportement brusque de la maman d’Archibald avec son fils, ce qui avait motivé la mise en place de rencontres une fois par semaine.
L’idée d’une seconde rencontre hebdomadaire utilisant un médiateur thérapeutique, en l’occurrence la musique, est venue pour intensifier le travail déjà mis en place.
Je me suis retrouvé ainsi face à deux questions :
- Que puis-je impulser, mettre en place pour travailler la relation mère enfant et surtout qu’y a-t-il à travailler ?
- Comment mettre en place un atelier thérapeutique dans le cadre particulier de la prison ?
Avant d’apporter quelques éléments de réflexion concernant ces questions, je vais évoquer plus globalement le contexte.
Tout d’abord, avant de me retrouver en situation, face aux mamans et aux bébés (et même au moment où j’ai accepté le projet), je n’avais pas réalisé, ni même imaginé que des bébés, âgés de moins
de 18 mois et en l’occurrence de 3 et 8 mois pour ceux que nous rencontrions en janvier, pouvaient vivre en prison, un environnement qui n’est pas à la base pensé pour accueillir un bébé. Et
encore moins ce que cela impliquait.
Cet environnement quel est-il justement ? (en tout cas ce que j’ai pu en percevoir jusqu’ici).
Il y a deux cellules aménagées pour accueillir au maximum deux mamans et leur bébé, en face desquelles se trouve la nurserie, une pièce relativement spacieuse (superficie de deux cellules à peu
près) dans laquelle se trouvent un poste pour écouter de la musique, quelques jouets, des tapis, quelques chaises pour enfant. C’est dans cette pièce que s’est déroulée la majeure partie de nos
rencontres.
Se pose la question de ce qu’est ce lieu de rencontre, ce qu’il peut représenter : ce n’est pas un lieu de soin, ce n’est pas un lieu neutre, ce n’est pas le domicile des personnes que l’on
rencontre… c’est un lieu connoté, avec lequel il va bien falloir faire pour construire quelque chose.
L’environnement, c’est également que ces mamans peuvent rester avec leur bébé jusque l’âge de 18 mois. Après..
Et quand je dis rester, c’est rester quasiment 24h sur 24 avec leur enfant. Car les gardiens de prison ne sont pas autorisés à toucher les enfants ou à jouer le rôle de tiers, ils doivent garder
une distance assez grande, ne pas s’impliquer.
A titre d’exemple et pour illustrer cela, je citerai une scène dont j’ai été témoin : une maman qui venait en visite avec son bébé de quelques mois devait retirer ses bottes car celles-ci
sonnaient lorsqu’elle passait dans le portique de sécurité. Elle portait son bébé dans les bras. Il n’y avait aucun endroit pour le poser de manière sécurisée. La gardienne l’a informée qu’elle
ne pouvait pas prendre son bébé le temps qu’elle retire ses bottes, qu’elle n’en avait pas le droit. La maman essayait donc de retirer ses bottes en ne pouvant rester en équilibre, ce qui
devenait peu rassurant pour le bébé. Au final s’est Martine qui s’est proposée pour le lui tenir.
Quand les mamans doivent s’absenter, elles doivent donc confier leur enfant à une co-détenue ou, s’il y en a, à des bénévoles.
Si on part du principe que ces mamans sont incarcérées car elles sont en difficulté, que la prison (enfermement, isolement, symbolique…) implique également d’autres difficultés, on demande donc à
ces mamans d’être 24h /24, 7jours/7, disponibles pour leur enfant… ce qu’on ne demande pas à une maman en dehors de la prison.
Pour illustrer jusqu’où cet enfermement peut poser question, il faut savoir que ces mamans regagnent leurs cellules à 17h30 et sont enfermées jusqu’au matin. La nuit, les gardiens n’ont pas la
clé pour ouvrir les cellules (sans doute pour des raisons de sécurité), celle-ci est confiée à leur supérieur, qu’il faut donc contacter en cas de besoin. C’est une organisation que les mamans
connaissent, qui suscite en elles des questionnements (comment cela se passerait-il en cas d’urgence…). C’est aussi une longue période d’enfermement en face à face avec leur nourrisson, sans
possibilité de « fuite », d’échappatoire, de prise de distance si besoin…
Archibald connaît donc pour le moment : une maman qui reste quasiment tout le temps avec lui, des gardiens/gardiennes qui auraient sans doute envie de l’approcher et de lui faire des
sourires mais qui doivent se restreindre du fait de leur travail, quelques personnes du milieu pénitentiaire et du milieu médical…
Il a été accueilli une fois en crèche, l’expérience s’est plutôt bien passée. Sa maman est demandeuse, elle est consciente de l’intérêt pour Archibald comme pour elle. La demande a été faite, le
projet devrait aboutir, mais celui-ci évolue au rythme des autorisations qui sont parfois longues à obtenir.
C’est donc dans ce contexte que se déroulent nos rencontres.
Tout d’abord, travailler en prison demande à mon sens de repenser le cadre.
Concernant le matériel que j’amène pour travailler, il faut déclarer à l’avance ce que l’on souhaite faire entrer. Cela n’a, très
franchement, pas posé de difficulté au niveau institutionnel, reste qu’on ne peut pas tout emmener et qu’il faut donc choisir des objets avec lesquels il sera le plus simple de rebondir et de
s’adapter. J’utilise donc des CD, quelques instruments (guitare, xylophones, maracas qui font penser aux hochets,…) des foulards et tissus, des ballons de baudruche, un matériel relativement
simple qui puisse permettre les projections et être investi de manières diverses.
Pour un entretien infirmier ou un atelier thérapeutique, un des premiers éléments constitutifs du cadre réside dans la confidentialité. Et celle-ci s’obtient généralement par le fait que les
rencontres se déroulent dans un endroit clos, à la discrétion des yeux et des oreilles du monde extérieur, comme une bulle en dehors du temps et du monde pour permettre aux personnes de se poser
et de progressivement pouvoir parler d’elles.
Or, le milieu carcéral est déjà un lieu en dehors du temps et du monde. La plupart du temps, les portes des cellules des mamans viennent juste d’être ouvertes quand nous arrivons : il parait
donc délicat de leur demander d’emblée de rentrer dans une pièce et de fermer la porte derrière elles.
Concernant cette confidentialité, il faut reconnaître au personnel de la prison un respect assez général de ce moment, il y a rarement des intrusions dans le groupe.
Ce que j’ai découvert également au fil des rencontres, c’est que non seulement on demande à ces mamans d’être en permanence avec leur enfant, mais que planent également des représentations de ce
que doit être une maman et de comment doit se comporter un bébé, représentations qui ne correspondent pas forcément avec celles du monde « hors-prison ».
Ainsi il semble qu’on reproche aux mamans de s’éloigner ne serait-ce qu’un peu de leur enfant, on trouve étrange qu’un bébé pleure, qu’une réponse ne lui soit pas apportée immédiatement… tout ce
qui constitue l’espace transitionnel, le concept de la mère « suffisamment bonne » chers à Winnicott,… ce qui permet au bébé de se construire en dehors de sa mère comme un être à part
entière semble pointé comme un défaut de soin.
C’est comme si une maman incarcérée, puisqu’elle a fauté, perdait toute crédibilité, toute capacité, qu’elle était de toute façon d’abord suspecte. Pas de bénéfice du doute. Le milieu carcéral se
veut facilement infantilisant par son rythme, ce qui ne facilite par forcément l’entrée dans la parentalité, faite d’empathie, de responsabilité, de créativité… de l’instauration d’une relation
porteuse qui permet à l’enfant d’être suffisamment rassuré pour faire ses expériences et se construire peu à peu.
Il y a donc, d’emblée chez ces mamans, un type de relation particulier qui s’instaure : prouver absolument qu’elles sont bonnes mères (pas des super-mamans, mais des hyper-mamans). Nous
semblons être perçus comme ceux à qui il faut prouver cela. Ce qui ne facilite pas l’authenticité dans la relation… car élever un enfant c’est aussi, parfois, difficile. Encore faut-il s’accorder
le droit de pouvoir le dire. Car le risque, en cas contraire, pourrait être l’accumulation de fatigue et de stress, voire le passage à l’acte auto ou hétéro agressif.
Comment mettre en place une relation thérapeutique dans ces conditions ?
Tout d’abord en essayant d’abord de suivre ces mamans, d’instiller progressivement le cadre.
Ainsi lors des premières rencontres, la porte restait ouverte, la maman d’Archibald faisait de nombreuses allées et venues allant chercher à manger, de quoi le changer, elle ne pouvait pas rester
en place. Quand son corps à elle se posait, c’est Archibald qu’elle mobilisait de manière très (trop) tonique, toujours dans le mouvement, ne pouvant rester plus de quelques secondes sur une
tâche. Ainsi elle était soit avec Archibald en le sur-stimulant, soit elle le laissait sans forcément le prévenir, dans une sorte de relation que je caricaturerais comme
« fusion-rejet », même si cela n’était pas aussi simple.
Au début elle utilisait le corps de son fils, notamment les mains, pour jouer des instruments comme si c’était elle qui le faisait, sans prendre en compte la différence de tonus, sa plus grande
fragilité...
Ainsi elle ne faisait pas trop attention quand il y avait des parties métalliques ou dures sur les instruments, un peu comme si Archibald était un intermédiaire indolore entre elle et
l’instrument.
Son esprit était également agité, le débit de parole rapide. C’est une maman avec un problème de toxicomanie, sous traitement substitutif.
Au cours de nos premières rencontres elle semblait ne pouvoir qu’à de très rares moment être en empathie avec son fils. Elle semblait vouloir nous prouver des choses dans un maternage
« matériel » excessif, où Archibald devenait l’objet de nombreuses projections. Parfois, c’était comme si elle le voyait plus grand que son âge, déjà adolescent et fort, capable de
protéger maman. Parfois il devenait le déversoir des tensions, l’objet persécuteur qui fait exprès de régurgiter pour l’embêter, alors qu’elle venait de le mobiliser juste après qu’il vienne de
manger, ne faisant pas le lien entre sa propre agitation (qu’elle ne percevait sans doute pas) et ses conséquences sur Archibald.
Elle avait beaucoup de mal à protéger Archibald de ses propres affects : il devenait ainsi souvent « la substance qui soulage », n’existant que pour lui permettre de supporter la
solitude, par exemple, ou comme un doudou qui rassure quand la prison et ses bruits étranges lui faisaient peur.
Les conseils ou les renvois que l’on pouvait faire étaient sur le moment perçus comme une agression, dont elle se défendait en verbalisant clairement que c’était elle la mère et qu’elle savait ce
qui était bon pour son fils.
Il me semblait donc important de pouvoir travailler tout cela : le rapport de la maman à son propre corps (car comment peut-elle respecter celui d’Archibald si elle ne peut pas le faire sur
elle-même), trouver un moyen pour que cette maman réussisse à se poser, lui permettre d’exprimer de manière acceptable ses affects (même les agressifs !) envers Archibald, lui permettre de
développer sa créativité (car il en faut beaucoup pour s’occuper d’un nourrisson) ce qui allait de pair avec un travail de renarcissisation en tant qu’individu et en tant que mère…
Pour tout cela il fallait que la confiance s’installe petit à petit.
Les premières rencontres n’ont d’abord pas du tout été directives. Je proposais aux mamans divers instruments ou matériel, à certains moments, je devenais même parfois leur instrument (par
exemple si elles me demandaient de jouer d’un instrument, je le faisais), elles demandaient je m’exécutais (les demandes étaient acceptables), une façon pour elles de reprendre la main dans un
milieu où on leur demande exactement le contraire.
La parole s’est alors peu à peu libérée. Un travail autour des souvenirs a pu ainsi se mettre en place, la maman d’Archibald évoquant ainsi les moments difficiles de sa vie, mais également les
moments heureux et agréables, comme par exemple des sorties autour d’un étang. Cette proximité d’un milieu aquatique sera un des fils conducteurs de nos rencontres.
Elle a ainsi pu se raconter à son fils, se remettre dans une posture d’individu pensant, avec un passé, des envies, un futur,… une personne. Une façon de se réapproprier sans doute une part de
contrôle sur sa propre vie, à un moment où cela est difficile.
Alors comment se raconter ? Au départ, les mots étaient parfois très crus, sans filtre pour Archibald. Nous avons alors travaillé autour de ces mots.
Spontanément elle utilisait des mots doux pour Archibald : « bandit », « crapule »,… nous lui avons alors fait remarquer que ceux-ci étaient connotés.
Elle nous a alors expliqué que c’était les mots qu’on lui avait dit quand elle était enfant, en foyer notamment, qu’elle n’en connaissait pas d’autres, que pour elle c’était normal, affectueux,
qu’il existait un décalage entre ce qu’elle voulait transmettre à Archibald quand elle lui disait cela et la perception que le monde extérieur pouvait en avoir. Chacun ses références, elle ne
peut construire la relation avec son fils, qu’à partir de ses propres expériences.
Nous lui avons alors suggéré qu’une autre voie était peut être possible. Nous lui avons donc proposé de trouver des synonymes, des autres mots qui voudraient dire la même chose pour elle et qui
seraient doux à entendre pour le monde extérieur : une capacité à se réinventer.
Se réinventer, se donner la possibilité de changer pour pouvoir inventer pour Archibald, imaginer, l’imaginer pour lui-même, ne pas être dans la reproduction, le copier-coller.
Cette conception particulière de la « douceur des mots » pour la maman allait de pair avec sa « douceur » corporelle, souvent braque avec Archibald.
La semaine suivante, elle avait non seulement réussi à trouver des « autres mots » plus doux, mais en a même fait un petit poème de quatre lignes. Des mots qui pour le coup parlaient
vraiment de douceur, d’amour. Je lui ai proposé de jouer de la guitare sur ce poème et c’est alors devenu une chanson. Au fil des semaines, elle a rajouté des strophes, a modifié ce qui ne lui
plaisait plus, affinant ce qu’elle voulait dire et voulait pour Archibald. Elle montrait une grande fierté de lui avoir fait cette chanson, nous l’avons beaucoup valorisée pour cela (ce qui me
semble tout à fait justifié).
Dans le même temps elle a pu prendre Archibald quelques minutes de manière très posée, en face à face, le berçant tout doucement, ce que je ne l’avais pas vu faire jusqu’ici.
Les paroles de la chanson évoquent notamment une envie d’ailleurs pour Archibald, qu’il voit autre chose.
Nous avons alors rebondi là dessus sur deux séances, une première où les mamans devaient choisir une chanson pour leur enfant : la maman d’Archibald a choisi LAISSE PAS TRAINER TON FILS de
NTM. Elle a également été sensible au choix de l’autre maman qui était UNE CHANSON DOUCE de HENRI SALVADOR et a été capable pour la première fois de s’allonger pendant 10 minutes, de détendre ce
corps si souvent tendu, de se relâcher, à coté d’Archibald. C’est la première fois que nous avons pu la voir être avec son fils, tout en l’oubliant un peu (les deux étant plutôt calmes), rassurée
à la fois qu’il ne lui arrivera rien et qu’on ne lui reprochera rien.
La deuxième séance nous avons proposé aux mamans de choisir une musique pour elles-mêmes. Et cela a été plus difficile : pour la maman d’Archibald tous les choix proposés n’étaient pas
satisfaisants, voire parfois angoissants. De manière défensive, Archibald a été investi, déguisé en fille à l’aide des foulards et tissus qui étaient proposés, les deux mamans le faisant danser,
dans une première partie de la séance, un peu comme si le message était « surtout pas nous, vite cachons nous, protégeons nous derrière Archibald ». Dans la deuxième partie de la
séance, la maman d’Archibald a enfin réussi à le laisser partir de lui-même, faire ses expériences, sans le ramener systématiquement à elle, en réussissant à l’encourager, à lui faire un petit
peu confiance, à s’émerveiller devant les progrès de son fils.
Lors des dernières rencontres, la maman d’Archibald a su nous utiliser pour prendre des décisions, pour faire vivre des expériences à son fils.
Le temps étant plutôt clément, elle s’est installée dehors (il y a une petite aire de jeu). Elle a eu l’idée de faire prendre un bain en extérieur à Archibald, en mettant tout en place de manière
très adaptée (température de l’eau, gestes, jeu,…) affichant un visage épanoui qu’on ne lui connaissait pas jusqu’ici. Nous avons agrémenté les jeux de bruits de grenouilles, de chansons
illustrant ce qu’il se passait. Le « bon souvenir » de l’étang, pouvait en quelque sorte devenir réel, dans le jeu, autour d’une baignoire.
Alors qu’elle avait tendance à s’emporter quand on lui faisait des remarques sur sa façon de faire avec Archibald, elle a montré des capacités à prendre sur elle et à protéger Archibald de ses
affects (sans doute plus rassurée actuellement sur ses capacités de « bonne mère », et donc plus en capacité de se défendre de manière adaptée et moins ébranlée par ce qu’on peut lui
dire).
La maman nous a alors expliqué qu’elle profitait de notre venue pour mettre cela en place, car elle se souciait des réactions des gardiens si elle le faisait seule. Il plane toujours au dessus
d’elle une suspicion quant à sa capacité à s’occuper d’Archibald, de ses décisions. On entend parler de signalement pour maltraitance (notamment d’après les déclarations d’une co-détenue qui
semble plus projeter ainsi sa propre problématique). Cela reste bien-sûr possible, nous ne sommes pas en permanence avec Archibald et sa maman, ce n’est en tout cas pas ce que nous percevons au
cours de nos rencontres.
Le travail continue ainsi, semaine après semaine, nous ne savons pas si Archibald sera encore avec sa maman la semaine suivante.
Il nous semble qu’un travail sur la continuité s’opère au cours de nos rencontres (face à cette « rupture de continuité » que peut représenter la prison dans la vie de ces mamans),
repenser au passé, penser le présent, imaginer le futur,… tant de notions indispensables quand on élève un enfant. Même s’il reste beaucoup de travail, c’est une maman qui nous évoque le mot
« transformation », et ce n’est une mince avancée.
De manière plus anecdotique, mais néanmoins intéressante, notre venue (avec des instruments de musique) intrigue le cadre pénitentiaire. Quand les gardiennes nous voient arriver, parfois elles se
questionnent, si elles nous on déjà vus elles commentent souvent « c’est la musique pour les bébés ». Certains gardiens demandent même la guitare pour jouer, ce que j’accepte la plupart
du temps. Lors d’une des rencontres, on a pu, ainsi, écouter une gardienne jouer STAND BY ME à une des ses collègues (qui habituellement était peu souriante et le visage fermé, et qui pour une
fois s’est autorisée à sourire).
S. ROUSSERY
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